BRVM : Bilan de la saison des récoltes 2010

Share

Les résultats sont mitigés pour les sociétés cotées à la Bourse régionale des valeurs mobilières de l’Uemoa. La moitié d’entre elles ont en effet enregistré une baisse de leur bénéfice net par rapport à l’exercice précédent.

La saison des récoltes 2010 tire à sa fin. Seule la Société ivoirienne de coco râpé (Sicor) n’a pas encore joué sa partition. Cette période où les sociétés cotées à la Bourse régionale des valeurs mobilières de l’Uemoa (BRVM) publient leurs états financiers annuels, tiennent leurs assemblées générales ordinaires et paient éventuellement des dividendes à leurs actionnaires, a été très influencée par la crise économique de 2008-2009. Sur 38 entreprises cotées, 19 ont vu leur bénéfice net baisser par rapport à l’exercice précédent. Tous les secteurs du marché ont été touchés, à l’exception de celui des « services publics » et, dans une moindre mesure, le secteur « finances ».

Des baisses prévisibles

La Société multinationale de bitumes (SMB) semble être celle qui a le plus souffert avec la perte de 2 milliards FCFA qu’elle a réalisée en 2009, soit une baisse de 288% de son résultat net. L’augmentation de capital par incorporation des réserves de juillet 2009 était certainement bienvenue lorsqu’on observe qu’elle n’a pas pu rémunérer ses actionnaires comme elle l’a fait régulièrement les cinq dernières années. Son résultat d’exploitation d’à peine 5 millions FCFA suffit à indiquer l’impact de l’effondrement des marges de raffinage dans l’industrie pétrolière sur ses activités. C’est le même problème qui a failli emporter son actionnaire de référence, la Société ivoirienne de raffinage (SIR) en fin d’année. Les difficultés de la SIR avaient parfois déstabilisé le fonctionnement des distributeurs de carburants que sont Shell CI et Total CI. Leurs bénéfices ont baissé respectivement de 26,63%, à 1,02 milliard FCFA, et 12,1%, à 5,33 milliards FCFA.

L’autre chute spectaculaire est observée chez Unilever Côte d’Ivoire où le résultat d’exploitation s’est contracté de 63,38%, à 4,66 milliards FCFA, avec au final un bénéfice net qui a régressé de 93%, à 4,33 milliards FCFA. Le conseil d’administration de la filiale ivoirienne, désormais dirigé par l’Ivoirien Serge Agnero, explique que la cession des activités huile de palme au groupe Sifca dans le cadre de l’opération « redback » n’est pas en cause dans cet effondrement des résultats, et que d’ailleurs le chiffre d’affaires hors activité huile de palme aurait plutôt augmenté de 13,22%, à 110 milliards FCFA. Indexées sont donc plutôt les provisions fiscales et les dépenses liées à la réalisation du projet « Redback ».

Les victimes attendues de la crise économique, celles que les médias nous avaient déjà disposés à voir, n’ont pas créé de surprise. Il s’agit des sociétés agricoles et des vendeurs d’automobiles. Entre 2008 et 2009, les cours mondiaux d’huile de palme et de caoutchouc ont chuté de plus de 30% avant de commencer à se relever au 2e semestre de l’année. Cela explique les faibles résultats de Palmci, SOGB et SAPH qui n’ont pu réaliser en moyenne que le tiers des bénéfices de 2008.

Le secteur de l’automobile neuf, représenté à la Bourse par les entreprises CFAO, SARI et Sdaci, subit depuis quelques années la concurrence des vendeurs de véhicules d’occasion qui se multiplient dans le pays. Les trois entreprises alignent des résultats d’exploitation en baisse respectivement de 33%, 14% et 42%. CFAO, grâce à d’excellents produits financiers a pu terminer l’exercice avec une hausse de 77% de son bénéfice, à 3,5 milliards FCFA, alors que Sdaci n’a pu gagner plus de 36% de son bénéfice de 2008.

arton54331

Les motifs de satisfaction

Du côté des bonnes nouvelles, on signalera les bonnes performances des éditeurs NEI et CEDA. Les deux entreprises qui ont connu des difficultés ces dernières années sont redevenues bénéficiaires. Leurs résultats nets progressent de 138,89% à 43 millions FCFA pour CEDA et 619% à 453 millions FCFA pour NEI. L’autre entreprise qui confirme sa phase bénéficiaire est Servair Abidjan. L’ex-Abidjan Catering se porte mieux depuis qu’elle a été reprise par le français Servair.

L’opérateur historique de téléphonie burkinabé s’est distingué par une performance de 525% avec un bénéfice de 2,5 milliards FCFA. Tout comme Crown Siem, le fabricant ivoirien d’emballages métalliques a vu son bénéfice net passé de 1,52 à 4,23 milliards FCFA sur un an.

Les banques cotées à la BRVM ont connu dans l’ensemble une croissance à deux chiffres allant de 12 à 23%. Les fausses notes viennent de Bank Of Africa Cote d’Ivoire, cotée en Bourse depuis le 7 avril dernier, et du groupe Ecobank dont le bénéfice s’est contracté de 38%. Par contre, les quatre entreprises de service public (CIE, Onatel, Sodeci et Sonatel) ont toutes affiché une croissance, tant au niveau de leur exploitation que du résultat final.

Au niveau des dividendes, la communauté des petits porteurs a beaucoup parlé des 8 270 FCFA net servis par la Sitab pour sa valeur élevée et le seuil record qui a été franchi. En réalité, les dividendes qui ont le plus augmenté tout en battant leur record sont les 2 784 FCFA de CFAO (+81,84%) et les 2 340 FCFA de Sicable (+78,49%). Nous citerons également Bernabé, où malgré un résultat en baisse de 18%, son conseil d’administration a décidé de payer un dividende net record de 2 700 FCFA/action (+65,14%). Son PDG a expliqué que ce dividende était un message pour rassurer les actionnaires sur les perspectives de l’entreprise après l’incendie qui a ravagé un des magasins de Treichville en février 2010.

Durant tout le 2e trimestre, les cours des actions ont été largement influencés par la publication des résultats financiers de 2009 et le paiement des dividendes. A l’exception d’Onatel et Ecobank, aucune autre société cotée n’a donné de chiffre sur son activité au premier trimestre, ce qui conduit les investisseurs à « spéculer par divination », pour utiliser l’expression d’un analyste financier. Il faut que l’autorité de régulation trouve un moyen plus convaincant pour conduire les émetteurs à publlier des informations financières au rythme qu’elle a indiqué.

Euclide Okolou de www.okibourse.com pour Cote d’Ivoire Economie

Articles Similaires

Share

facebook-profile-picture
Médecin congolais. Président d'un club d'investissement à la Bourse d'Abidjan. Auteur de Manuel Pratique pour Gagner à la Bourse des Valeurs de l'Uemoa

Leave a Comment

Share
Translate »