Morceaux choisis: “Le Prince” de Nicolas Machiavel

Si l’on acquiert des pays différents de langage, de coutumes et de gouvernement, c’est là qu’on rencontre de grandes difficultés, et qu’on a grand besoin de bonheur et d’adresse pour les conserver. L’un des meilleurs moyens pour cela serait que le nouveau conquérant allat y faire son séjour, ce qui lui en rendrait la possession plus durable et plus assurée.

Lorsqu’on est connu ou habitué à un secteur d’activité donné, et que l’on met le pied dans un autre. Il faut lui consacrer du temps et des moyens pour le faire émerger dans son groupe.

Aussi, ne faut-il jamais maltraiter personne, à moins qu’on ne lui ôte entièrement le pouvoir de se venger.

Nos gouvernants n’ont pas compris ça. Ils se créent des opposants à vie parfois eux-mêmes. Celui qui se soumet par crainte, vous poignardera facilement à la première occasion.

Les états où il n’y a que le prince qui ait de l’autorité sont beaucoup plus soumis, parce que, dans tout le pays, il n’y a que lui qui ait du pouvoir ; et quand les peuples obéissent à d’autres gens, ils ne les regardent que comme ministres de leur maitre ; et ils n’ont aucune amitié pour eux.

C’est pour cela que je trouve qu’il est prudent d’avoir un régime présidentiel au sortir d’une guerre, pour consolider les institutions.

Le meilleur moyen de conserver des états accoutumés à être libres, c’est de les faire gouverner par leurs propres citoyens.

Puis,  favoriser le mélange des tribus, des ethnies pour avoir un peuple plus uni au bout de 20 ans. En sorte qu’à terme l’appartenance nationale soit plus forte que l’ethnique.

Car les hommes ne croient jamais qu’une chose nouvelle soit bonne, à moins qu’elle ne soit confirmée par une longue expérience.

C’est connu ! Les gens ont souvent peur de ce qu’ils ne connaissent pas. Les pionniers d’un système souffrent parfois plus.

De même que dans la nature, les plantes qui naissent et qui croissent promptement ne peuvent pas avoir des racines très profondes, de même une puissance toute nouvelle ne peut pas non plus avoir ses liaisons et ses fondements si bien établis qu’elle puisse s’assurer de n’être pas renversée à la première tempête, à moins que les nouveaux souverains n’aient un mérite si extraordinaire.

Chez les grands personnages, jamais les bienfaits présents n’effacent le souvenir des vieilles injures.

Donnera-t-on cet avantage à un homme qui assassine ses compatriotes, qui trahit ses amis, qui n’a ni foi, ni honneur, ni religion ? Par ces procédés l’on peut soumettre des états, mais l’on ne peut acquérir la gloire.

Suivez mon regard. Non seulement l’absence de gloire, mais au 21e siècle, il y’a aussi la justice qui attend à la première occasion

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Voici donc la règle que doit observer l’usurpateur d’un état : c’est de faire d’un seul coup toutes les cruautés qu’il est obligé de faire ; par cette conduite il ne sera pas contraint d’y revenir tous les jours, et il aura le temps et les moyens de remettre en repos l’esprit de ses sujets, et de gagner leur affection par sa protection et par ses bienfaits.

Oui dans le cadre d’un royaume de l’époque. Actuellement, le déshonneur et la prison vous tendront un guet apens

Le prince qui est redevable de sa grandeur aux nobles a plus de peine à se maintenir que celui qui l’a reçue du peuple ; parce que le premier se trouve environné des gens qui se regardent comme ses égaux, ce qui fait qu’il n’a pas le pouvoir de les commander comme il voudrait ; tandis que le prince qui est devenu tel par la puissance du peuple ne voit presque personne autour de lui qui ne soit soumis à ses ordres.

Dans nos régimes démocratiques, on a toujours besoin des nobles, des riches pour accéder au pouvoir. Ces lobbies attendent forcément un retour d’ascenseur inévitable.

Il faut qu’un prince se fasse aimer de son peuple, autrement il n’aura point de remède dans l’adversité.

L’amour du peuple est inconstante. C’est un fait !! Il faut juste donner le meilleur de soi pour faire ce que l’on trouve bien, que dis-je excellent pour le peuple. Puis si l’on communique bien, peut-être que l’on aura la majorité pour comprendre et nous soutenir. Ça me fait penser au médecin et son malade et de l’autre coté son entourage de profane qui le juge excessivement parfois

Le prince dont le pouvoir n’a pour appui que des troupes mercenaires, ne sera jamais ni assuré ni tranquille ; car de telles troupes sont désunies, ambitieuses, sans discipline, infidèles, hardies envers les amis, lâches contre les ennemis ; et elles n’ont ni crainte de Dieu, ni probité à l’égard des hommes. Le prince ne tardera d’être ruiné qu’autant qu’on différera de l’attaquer…

Les armées d’auxiliaires qu’un autre état vous prête, peuvent être bonnes en elles-mêmes mais elles sont toujours dommageables à celui qui les appelle ; car si elles sont vaincues, il se trouve lui-même défait, et si elles sont victorieuses, il demeure dans leur dépendance.

En un mot, ce qu’on doit craindre des troupes mercenaires, c’est leur lâcheté ; avec des troupes auxiliaires, c’est leur valeur. Aussi les princes sages ont-ils toujours répugné à employer ces deux sortes de troupes, et ont-ils préféré leurs propres forces, aimant mieux être battus avec celles-ci que victorieux avec celles d’autrui ; et ne regardant point comme une vraie victoire celle dont ils peuvent être redevables à des forces étrangères.

J’ai pensé à Kabila père en lisant ces lignes

Or les hommes éclairés ont toujours pensé et dit qu’il n’y a rien d’aussi frêle et d’aussi fugitif qu’un crédit qui n’est pas fondé sur notre propre puissance.

La guerre, les institutions et les règles qui la concernent sont le seul objet auquel un prince doive donner ses pensées et son application, et dont il lui convienne de faire son métier : c’est là la vraie profession de quiconque gouverne ; et par elle, non seulement ceux qui sont nés princes peuvent se maintenir, mais encore ceux qui sont nés simples particuliers peuvent souvent devenir princes. C’est pour avoir négligé les armes, et leur avoir préféré les douceurs de la mollesse, qu’on a vu des souverains perdre leurs États. Mépriser l’art de la guerre, c’est faire le premier pas vers sa ruine ; le posséder parfaitement, c’est le moyen de s’élever au pouvoir.

Par la guerre, je préfère juste y voir la prévision, se préparer à l’adversité

Voilà ce que doit faire un prince judicieux : n’être jamais oisif en temps de paix, mais agir avec industrie, pour conserver sa valeur dans l’adversité, afin que, si la fortune venait à lui manquer, il se trouve prêt à la vaincre.

Qu’un prince judicieux méprise donc ceux qui parle de lui comme d’un avare, pourvu qu’il ne vole rien à ses sujets, qu’il puisse soutenir les guerres, qu’il évite d’être pauvre et par conséquent méprisé, et qu’il ne soit point obligé de devenir rapace. En effet, l’avarice est un des vices nécessaires pour régner.

Un prince ne doit donc point s’effrayer de ce reproche (d’être cruel), quand il s’agit de contenir ses sujets dans l’union et la fidélité. En faisant un petit nombre d’exemples de rigueur, vous serez plus clément que ceux qui, par trop de pitié, laissent s’élever des désordres d’où s’ensuivent les meurtres et les rapines ; car ces désordres blessent la société tout entière, alors que les rigueurs ordonnées par le prince ne tombent que sur des particuliers.

La rigueur dans la justice en priorité

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Il est plus sûr d’être craint que d’être aimé…on appréhende beaucoup moins d’offenser celui qui se fait aimer que celui qui se fait craindre… Cependant le prince qui veut se faire craindre doit s’y prendre de telle manière que, s’il ne gagne point l’affection, il ne s’attire pas non plus la haine. Ce qui, du reste, n’est point impossible; car on peut fort bien tout à la fois être craint et n’être pas haï ; et c’est à quoi aussi il parviendra sûrement, en s’abstenant d’attenter, soit aux biens de ses sujets, soit à l’honneur de leurs femmes. S’il faut qu’il en fasse périr quelqu’un, il ne doit s’y décider que quand il y en aura une raison manifeste, et que cet acte de rigueur paraîtra bien justifié.

On peut combattre de deux manières : ou avec les lois, ou avec la force. La première est propre à l’homme, la seconde est celle des bêtes ; mais comme souvent celle-là ne suffit point, on est obligé de recourir à l’autre : il faut donc qu’un prince sache agir à propos, et en bête et en homme.

Un prince bien avisé ne doit point accomplir sa promesse lorsque cet accomplissement lui serait nuisible, et que les raisons qui l’ont déterminé à promettre n’existent plus… Il lui est toujours bon pour un prince, par exemple, de paraître clément, fidèle, humain, religieux, sincère ; il l’est même d’être tout cela en réalité : mais il faut en même temps qu’il soit assez maître de lui pour pouvoir et savoir au besoin montrer les qualités opposées.

Ce qui rend un prince odieux c’est lorsqu’il s’empare injustement du bien de ses sujets et qu’il attente à la pudicité de leurs femmes. Aussi longtemps qu’un peuple garde la possession de ces deux choses, il n’en demande pas davantage.

Est-ce qui laisse certains peuples si lourds à réclamer une révolution ?

Un prince qui est aimé de son peuple a peu à craindre les conjurations ; mais s’il en est haï, tout, choses et hommes, est pour lui à redouter. Aussi les gouvernements bien réglés et les princes sages prennent-ils toujours très grand soin de satisfaire le peuple et de le tenir content sans trop chagriner les grands : c’est un des objets de la plus haute importance… Le prince doit se décharger sur d’autres des parties de l’administration qui peuvent être odieuses, et se réserver exclusivement celles des grâces. Un souverain doit bien traiter les grands et ne se rendre point odieux au peuple.

Mettre ce qui ne va pas sur le dos d’un collaborateur. Malheureusement, il y’a des gens qui y croient encore.

Les princes, qui ne peuvent éviter d’être haïs par quelqu’un, doivent d’abord chercher à ne pas l’être par la multitude ; et, s’ils ne peuvent y réussir, ils doivent faire tous leurs efforts pour ne pas l’être au moins par la classe la plus puissante.

Un gouvernement fort ne tolérera jamais les divisions : si elles sont de quelque utilité durant la paix, en donnant quelques facilités pour contenir les sujets, dès que la guerre s’allume, elles ne sont que funestes.

Rien n’élève tant un prince que lorsqu’il surmonte les difficultés et les obstacles qu’on lui oppose

On estime aussi un prince qui se montre franchement ami ou ennemi, c’est-à-dire qui sait se déclarer ouvertement et sans réserve pour ou contre quelqu’un ; ce qui est toujours un parti plus utile à prendre que de demeurer neutre.

Pays non alignés ?

Un prince doit encore se montrer amateur des talents, et honorer ceux qui se distinguent dans leur profession. Il doit encourager ses sujets, et les mettre à portée d’exercer tranquillement leur industrie, soit dans le commerce, soit dans l’agriculture, soit dans tous les autres genres de travaux auxquels les hommes se livrent ; en sorte qu’il n’y en ait aucun qui s’abstienne ou d’améliorer ses possessions, dans la crainte qu’elles ne lui soient enlevées, ou d’entreprendre quelque négoce de peur d’avoir à souffrir des exactions. Il doit faire espérer des récompenses à ceux qui forment de telles entreprises, ainsi qu’à tous ceux qui songent à accroître la richesse et la grandeur de l’État.

Promouvoir l’entrepreneuriat et le secteur privé

Il doit de plus, à certaines époques convenables de l’année, amuser le peuple par des fêtes, des spectacles ; et, comme tous les citoyens d’un État sont partagés en communautés d’arts ou en tribus, il ne saurait avoir trop d’égards pour ces corporations ; il paraîtra quelquefois dans leurs assemblées, et montrera toujours de l’humanité et de la magnificence, sans jamais compromettre néanmoins la majesté de son rang, majesté qui ne doit l’abandonner dans aucune circonstance.

On peut distinguer trois ordres d’esprit, savoir : ceux qui comprennent par eux-mêmes, ceux qui comprennent lorsque d’autres leur démontrent, et ceux enfin qui ne comprennent ni par eux-mêmes, ni par le secours d’autrui. Les premiers sont les esprits supérieurs, les seconds les bons esprits, les troisièmes les esprits nuls.

Naturellement, les hommes sont si amoureux de leurs propres qualités et en même temps si aveugles, qu’ils peuvent à peine résister à cette peste de la flatterie. Et, lorsqu’un prince veut s’en défendre, il s’expose au danger d’être méprisé. Il n’y a pas d’autre manière de se garder des flatteurs que de faire comprendre aux hommes qu’on ne s’offensera pas d’entendre la vérité. Or, si toute personne peut dire librement à un prince ce qu’elle croit vrai, il cesse bientôt d’être respecté.

Les associations de soutien. Elles apparaissent brutalement même pour un inconnu qui vient d’être projeté ministre.

Un prince doit donc toujours prendre conseil, mais il doit le faire quand il veut, et non quand d’autres le veulent ; il faut même qu’il ne laisse à personne la hardiesse de lui donner son avis sur quoi que ce soit, à moins qu’il ne le demande ; mais il faut aussi qu’il ne soit pas trop réservé dans ses questions, qu’il écoute patiemment la vérité, et que lorsque quelqu’un est retenu, par certains égards, de la lui dire, il en témoigne du déplaisir.

Ne pouvant admettre que notre libre arbitre soit réduit à rien, j’imagine qu’il peut être vrai que la fortune (= hasard, destin) dispose de la moitié de nos actions, mais qu’elle en laisse à peu près l’autre moitié en notre pouvoir.

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Médecin congolais. Président d'un club d'investissement à la Bourse d'Abidjan. Auteur de Manuel Pratique pour Gagner à la Bourse des Valeurs de l'Uemoa

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