Troisième pont d’Abidjan : l’émission obligataire a échoué

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S’il n’est pas définitivement remis en question, l’ouvrage tant attendu des Abidjanais n’est pas pour demain… Retour sur ce contretemps et sur la situation de ceux qui avaient déjà souscrit à cet emprunt obligataire

En fin juillet 2010, le Trésor public ivoirien a initié un emprunt obligataire de 62 milliards de francs CFA pour mobiliser les fonds constituant l’apport de l’Etat dans la construction du troisième pont d’Abidjan. Les bailleurs de fonds devraient ensuite apporter 100 milliards de francs CFA pour boucler le financement de cette infrastructure. Le premier pont à péage d’Abidjan devrait être construit puis exploité pendant trente ans par l’entreprise Socoprim, une filiale à 66,4% du groupe français Bouygues. Mais le plan d’émission obligataire monté par BNI Finances, avec un taux intéressant de 7% net d’impôt et un remboursement du capital en sept ans a échoué.

Seulement 22,915 milliards FCFA ont été levés, soit 37% des fonds recherchés. Le prolongement de la pé- riode de souscription à deux mois n’a servi à rien. Le projet de construction d’infrastructure justifiant l’émission est pourtant louable. Les Abidjanais attendent en effet le troisième pont depuis plus de dix ans. Les embouteillages intempestifs sur le boulevard lagunaire sont devenus quotidiens. Les travaux étaient en cours de démarrage lorsque le coup d’Etat de 1999 a interrompu le processus. Pourquoi cet emprunt obligataire n’a-t-il pas produit les effets escomptés ? Et qu’adviendrat-il de ce pont tant attendu ?

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Les raisons d’un échec

Tous les spécialistes du marché des capitaux que nous avons approchés s’accordent à dire que l’Etat ivoirien a trop sollicité le marché au cours de l’année. Pendant que l’emprunt était proposé sur le marché boursier, le Trésor public émettait également des bons du Trésor sur le marché monétaire. Il a mobilisé 262 milliards par ce biais ; or ce sont les mêmes investisseurs institutionnels qui souscrivent aux produits sur le marché monétaire et sur le marché boursier, le premier étant plus intéressant pour ses délais de remboursement plus courts. Les investisseurs institutionnels sont en plus soumis à une limite d’exposition au risque lié à un émetteur, qu’ils ne doivent pas franchir. Certains d’entre eux se sont retrouvés à ce niveau, avec l’émetteur Trésor public de Cote d’Ivoire, pendant la période de souscription.

A cela, il faut ajouter la tenue imminente des élections qui a conduit plusieurs investisseurs à conserver leur cash. D’autres observateurs estiment qu’il était impossible d’accorder du crédit à un projet de cette envergure à partir du moment où il était piloté par un gouvernement en fin d’activité. Aucun spécialiste n’a remis en cause la qualité de la signature de l’État ivoirien ni les compétences techniques de BNI Finances qui a piloté l’opération, encore moins le retard d’une dizaine de jours observé dans la distribution des notes d’information.

Les perspectives

A ce stade, la poursuite du projet dépend de la volonté politique du futur gouvernement issu des élections. L’Etat ivoirien peut couvrir le reste des fonds nécessaires à sa participation. Cependant, on peut craindre que la perte de temps, avant la relance du projet, n’augmente son coût. Il serait en effet regrettable de le remettre dans les tiroirs durant dix autres années.

En ce qui concerne les souscripteurs de l’emprunt obligataire du troisième pont, il n’y a aucune inquiétude à avoir. La continuité de l’Etat permettra le remboursement de leur capital et des intérêts prévus, quelle que soit l’issue des élections et la réalisation immédiate – ou non – de l’ouvrage. Il y va de la signature du Trésor public ivoirien sur les marchés financiers.

Euclide Okolou pour Cote d’Ivoire Economie n°8 Décembre 2010

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Médecin congolais. Président d'un club d'investissement à la Bourse d'Abidjan. Auteur de Manuel Pratique pour Gagner à la Bourse des Valeurs de l'Uemoa

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